Décoration de la Grande croix de l’Ordre de Léopold II

Hier j’ai eu l’honneur d’être décoré de la Grande croix de l’Ordre de Léopold II. Cet honneur, je ne le perçois pas à titre personnel mais j’entends le partager avec l’ensemble de nos collègues qui ont été honorés. Voici le discours que j’ai prononcé à cette occasion à la Chambre.

« C’est au nom du privilège de l’âge qu’il me revient de prendre la parole en votre nom et devant vous.

Vous me permettrez de vous adresser les quelques réflexions suivantes. Ce moment représente pour les démocrates que nous sommes un moment très particulier : celui où une vie consacrée à la chose publique et au débat démocratique est salué.

Cet honneur, je ne le perçois pas à titre personnel – un peu quand même – mais j’entends le partager avec l’ensemble de nos collègues qui sont aujourd’hui honorés.

J’ai aussi une pensée reconnaissante pour nos proches qui nous ont accompagnés dans cet engagement et aussi leurs collaborateurs.

C’est ici, c’est dans cette enceinte, dans ces lieux qu’a retenti l’expression de celles et de ceux qui ont forgé une démocratie vivante, et un modèle belge fondé sur la compréhension et le respect mutuels.

Je n’ai pas l’intention d’embellir de manière angélique, le travail parlementaire et le débat contradictoire. Beaucoup d’entre nous ont défendu avec passion – et parfois avec mauvaise foi – leur opinion, leur projet, leur programme, leur vision de la société, leur ambition pour le destin collectif et individuel à offrir à nos concitoyens.

De nombreux débats ont donné lieu à des échanges vigoureux où la conviction portait à l’exaltation, au débordement, parfois à la virulence et à l’excès …, mais in fine le sens de l’intérêt général, chers collègues, a toujours prévalu : pour finalement faire éclore le fameux compromis à la belge.

Le compromis à la belge : cette capacité politique et démocratique, ce talent qui nous est envié à l’extérieur et qui a plus souvent qu’on ne l’imagine inspiré nombre de solutions au sein de l’Union européenne et dans le monde.

Tous ici nous savons combien il y a du chemin à parcourir entre nos convictions personnelles et leur faisabilité. Mais contrairement à ce que l’on croit, ce chemin est vertueux. Il est celui du respect de l’autre et de la prise en compte de son opinion et c’est pourquoi autant le débat ne peut jamais demeurer ni figé ni convenu, autant il ne faut jamais vouloir imposer à une population le mépris d’une opinion radicale, fût-elle arithmétiquement majoritaire.

Ce qui se vit aujourd’hui en Hongrie constitue le témoignage le plus inquiétant du fait que, même au cœur de l’Europe, nous ne sommes pas à l’abri d’une dérive autocratique.
Il me semble que les uns et les autres, tous partis démocratiques confondus, nous avons réussi dans cette enceinte à ne jamais céder à de telles tentations.

C’est sans doute grâce à cet esprit que nous avons pu façonner une constitution et des lois collant au plus près des aspirations et des attentes de tous nos concitoyens, quels que soient leur origine, leur religion, leur culture et leur choix de vie personnel et intime. Et j’éprouve une réelle fierté à penser qu’ensemble, au sein de notre Parlement nous avons pu et nous pourrons encore demain accomplir la plus belle mission qui soit pour une ou pour un responsable politique : créer les conditions d’une plus grande égalité des chances et les conditions d’une plus grande justice sociale.

C’est parce qu’il reste encore tant de choses à accomplir, tant de combats à mener, tant de réformes à porter pour, toujours, mes très chers collègues, faire reculer les peurs, les préjugés et les inégalités, que je crois plus que jamais à la vocation fondamentalement progressiste de l’institution parlementaire.

Chers Collègues,
Je conclurai en rappelant que c’est ici que le peuple s’exprime par votre voix, que c’est ici que vous portez le rêve et même l’utopie qui vivent naturellement au cœur de l’homme.
C’est ici que les vérités des uns et des autres se confrontent, se querellent, s’entremêlent mais finissent souvent par s’enrichir mutuellement. Parce que comme l’écrivait le grand poète flamand Guido Gezelle : « Als de ziele luistert spreekt het al een taal dat leeft » – « Lorsque l’âme écoute, tout ce qui vit parle une seule et même langue ».